17 décembre 2007
Scandale à l'Elysée
C'est un scandale écoeurant dont nous sommes les impuissants spectateurs. Dimanche, le président Sarkozy décide de rendre publique sa liaison avec la très mondaine Carla Bruni. Impossible de fermer les yeux sur un tel acte, qui semble pourtant constituer a priori un non-événement total, à un moment aussi crucial de la vie politique française, et ce pour plusieurs raisons : tout d'abord, le Président de la République a prouvé une fois de plus que ses accointances médiatiques étaient légion (il a récemment dîné avec l'ancienne mannequin chez Jacques Séguéla...) et qu'il n'allait pas priver les Français de ce plaisir malsain qu'il a souvent contribué à susciter à son propre égard ; ce plaisir que nous évoquons, c'est le voyeurisme, affre d'une époque en mal de sensation et d'une société en manque de sentiments.

Pire encore ; si Nicolas Sarkozy exploite à fond cette tendance présente en chacun de nous, c'est dans un seul et même but : celui de faire parler de lui, certes, mais de faire parler de lui en tant qu'individu et non en tant que représentant d'un Etat qu'il est pourtant. C'est ici à l'essence de sa pratique politique, la "politique spectacle", que nous touchons : car en quoi cette dernière peut-elle bien consister, si ce n'est en un divertissement (dans son acception étymologique du terme, qui signifie "détournement"), un divertissement permanent des affaires centrales de la politique française ? En médiatisant sa relation, il fait en sorte qu'on ne parle pas, ou en tout cas que l'on parle moins de la visite de Muammar Kadhafi en France, visite particulièrement scandaleuse aussi, ni de la signature du traité européen à Lisbonne, ni des problèmes de logement que rencontre la Ville de Paris... Bref, de l'actualité.
Il est donc très difficile de ne pas au moins reconnaître à Mr. Sarkozy cette force de manipulation de l'opinion publique. C'est un fin stratège. Il a tout compris, et c'en est effrayant de clarté. Son intelligence de la politique est tellement fine et perverse que rien qu'en tentant de la décrypter, comme nous le faisons en ce moment, nous tombons dans son piège et nous parlons de lui. Le fait de dire, comme on l'entend régulièrement, et à juste titre, que Nicolas Sarkozy est partout le rend encore plus omniprésent qu'il ne l'était déjà, puisqu'en plus de monopoliser l'image, il occupe aussi le Verbe. Nous voilà ainsi prisonniers de son cercle vicieux qui étrangle petit à petit notre liberté.
Cela va loin, très loin, trop loin. Prenons enfin conscience qu'il n'est qu'un stupide guignol qui, par des gaudrioles amoureuses dont on se contrefout, réussit à faire avaler à un grand nombre de Français qu'il faut plus s'intéresser à ses actions personnelles qu'à ses manoeuvres politiques qui relèvent du Bien public ; indignons-nous de cette politique dénuée de toute vertu et selon laquelle la fin justifie les moyens ; ne laissons jamais notre lucidité au placard ; n'abandonnons jamais ces valeurs que l'on essaie de nous faire passer pour mortes, illusoires, utopiques. Battons-nous pour un peu plus de dignité politique, tout simplement.

26 novembre 2007
Humeur du mardi 20 novembre
L'autre jour, en allant faire des courses pour ma pendaison de crémaillère, je parcourais le rayon sodas, quand soudain, étrangement, le temps s'arrêta. Face à moi, des dizaines et des dizaines de bouteilles du produit-phare de l'american way of life, le Coca-Cola, Coke pour les intimes ; depuis quelques décennies déjà, Coke, grâce aux miracles de Mère Chimie, ne cesse de faire des petits et de se décliner en diverses variétés au goût plus ou moins douteux et au succès incertain, étant donné l'inébranlable popularité du paternel. Quoi de plus normal, donc, que certains se fassent rares, voire disparaissent des rayons, au grand regret de leurs amateurs. Parmi eux, Cherry, deuxième variation historique du Coca-Cola, commercialisée en 1996 et presque aussitôt retirée du marché, faute de ventes suffisantes. A peine le temps de goûter ce breuvage fort artificiel, certes, mais néanmoins subtil et audacieux, que déjà il faut l'oublier... Dura lex, sed lex...

Imaginez donc l'euphorie qui m'emporta, moi qui fus comme endeuillé dès l'âge de huit ans par la tragique et si soudaine disparition de ce délice, lorque, Fortune adorée, tu as décidé de ressusciter Cherry, rebaptisée pour l'occasion Coca-Cola Cherry (c'était quand même plus joli avant) qui a fait les plus belles heures de mes papilles d'enfant ! Une félicité sans pareil s'empara de moi à ce moment-là, tout juste si quelques larmes ne pointaient pas à l'orée de mes pupilles, c'est dire...
Quelques heures me furent nécessaires pour comprendre avec amertume (le goût du Coca, sûrement) que derrière la scène complètement surréaliste que je venais de vivre se cachait une bien triste vérité : le Cherry Coke est à ma mémoire ce que la madeleine était à Proust. Choc. Un exemple symptomatique à mon sens d'une époque dans laquelle l'artificiel prend une place considérable et de plus en plus importante dans le subconscient de tout un chacun... Encore une facette de l'américanisation des moeurs.
Vous trouvez ça navrant ? Arrêtons l'hypocrisie un moment : vous avez déjà vécu ce genre d'expérience ; si ce n'est pas avec le Cherry Coke, c'est avec autre chose... Une vieille chanson de Madonna qui passe à la radio ? Non ? Une rediffusion des Gremlins ou de L'Histoire sans fin à la télévision, alors ? Non plus ? Laissez-moi deviner... Ne me dites pas que vous pensez avoir complètement échappé à ce phénomène insidieux et pervers que l'on appelle uniformisation, alors que vous retombez invariablement en enfance pendant votre soirée DVD Disney mensuelle...
Ne vous inquiétez pas, il est très facile de continuer à vivre normalement après cette petite prise de conscience. Tout le monde y arrive, pourquoi pas vous ?
